Black Swan (Darren Aronofsky)



Signes d’un grand film

Autant le dire immédiatement, le film de Darren Aronofsky s’impose à la fois comme un électrochoc sensoriel et comme l’une des réussites majeures de cette nouvelle année 2011.

Pour son précédent film The wresler, la caméra (de l’auteur de films grandioses tel que Requiem for a Dream ou the Fountain) était portée à l’épaule comme un documentaire pour pénétrer discrètement dans les coulisses du catch où se mettent en scène les combats et suivre au plus près la vie quotidienne du lutteur Randy the Ram (Mickey Rourke magistral) et sa grande carcasse désabusée en quête de rédemption . Après le catch, le réalisateur développe une nouvelle fois une cette approche quasi documentaire (qu’il parsème d’images fantastiques horrifiques) pour s’intéresser à une autre profession exigeante et finalement assez peu représentée au cinéma : le monde de la danse et de l’opéra. Ici, l’œil de la caméra va s’attacher à observer en coulisse des demoiselles investies par passion pour une discipline souvent élitiste et particulièrement destructrice sous l’égide d’un directeur aux méthodes parfois douteuses (Vincent Cassel, diablement magnifique et odieux).

Avec ce drame psychologique, paranoïaque et schizophrénique duquel se dégage une atmosphère tour à tour réaliste, lyrique, parfois brutal, étouffante et onirique, Aronofsky confirme bel et bien son talent avec une mise en scène vertigineuse doté d’un véritable sens du mouvement, du contact des corps ou bien encore du fantastique et qui l’impose en virtuose de la caméra subjective en entrant dans la tête d’un personnage dont l’espérance de vie est menacée par une obsession maladive pour la perfection et la transcendance.

Et si il est question de transcendance, il est alors difficile de passer sous silence la performance époustouflante de Natalie Portman en cygne blanc fragile qui domine le film de sa superbe. Souvent filmé de dos, le métrage s’évertue en effet à suivre le cheminement psychologique de son personnage au cœur d’une intrigue où la perte de l’innocence, de la fragilité, de la pureté et l’obsession de la perfection finiront par pousser la ballerine au bout de la folie dans un final cauchemardesque et cathartique.

Si l’on ajoute en plus le sentiment paranoïaque d’agression, la peur du contact humain et la sombre malédiction entre l’ancienne ballerine star et la nouvelle sacrée, on se retrouve dans la logique schizophrénique et voyeuriste propres à certains Polanski (Répulsion, le locataire ou Rosemary) ou De Palma (Sisters, Carrie et même Phantom of the Paradise) et qui finit par imposer Aronofsky comme héritier d’un cinéma d’une puissance émotionnelle et immersive rare.

Julien Mc Laughlin

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