Precious (Lee Daniels)



Push it to the limit

Adaptation de Push, le roman de Sapphire, le film narre l’histoire de Precious,une adolescente noire, obèse, analphabète, violée par son père, qui lui a fait deux enfants. L’histoire de cette jeune fille obèse qui s’affranchit par l’éducation de sa condition sociale et de la relation invivable avec sa mère engendre des moments d’émotion sincères, même si certains ressorts dramatiques pourront sembler un peu too much.

Âmes sensibles s’abstenir. Dès les premières minutes, certaines images viennent nous bousculer le cerveau, retourner le ventre et tordre les boyaux, lorsque nous assistons, passivement depuis notre fauteuil, aux assauts de sa mère d’une cruauté extrême avec ses gestes remplis d’une violence primitive qui fait froid dans le dos.

Avec un sujet glauque et ancré dans un contexte social misérable, le réalisateur,Lee Daniels, aurait pu sombrer dans la facilité et filmer avec morosité cette tragédie pour fleurter avec le mélodrame voyeuriste propre à certaines émission trash TV. C’est donc sans tomber dans le pathos le plus total que Daniels fait le choix de s’écarter de la réalité pour mieux s’accrocher au conte, en alternant les scènes de violence quotidienne et les fantasmes colorés dans lesquels se réfugie l’héroïne. L’intelligence de Daniels est donc d’avoir inventé un récit qui oscille entre caméra documentaire et échappée onirique, de sorte à ce que le film mêle avec bonheur réalisme social plombant et fantaisie onirique, humour caustique et sens du tragique, mélodrame et espoir.

Toutefois, un peu de subtilité dans l’écriture et de retenue dans la mise en scène parfois maniériste de Lee Daniels auraient certainement gagné à apporter une touche de nuance qui fait parfois défaut à un mélodrame chargé et qui en additionne les écueils (clichés communautaires, traumas, sensiblerie, violence sentimentale, pathos à rebondissement, etc..).

Precious est néanmoins une oeuvre cathartique sublimée par une interprétation féminine à fleur de peau avec une jeune débutante Gabourey Sidibe, une stupéfiante et déroutante Mo’Nique ou une surprenante Mariah Carey d’une inattendue sobriété.
Precious déroute, étonne et finit par imposer un ton singulier, entre mélo déchirant et comédie burlesque, en bref un beau film sur la conquête de l’espoir quand on est au fond du trou. Âmes insensibles s’abstenir.

Julien Mc Laughlin

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