ARTISTE : YANNICK FOURNIÉ, BAS LES MASQUES

Yannick Fournié est un peintre, de la scène artistique contemporaine basque dont les  portraits et  arrêts sur image, à la fois ironiques et mélancoliques,  traitent de l’identité, de l’ambigüité de celui qui tient à affirmer sa place et qui joue son équilibre dans la société.

Né à Pau dans les Pyrénées Atlantiques, Yannick s’intéresse très tôt aux arts visuels. Admis à l’Ecole des Beaux -Arts de Bordeaux, il n’aura pas le temps de poursuivre cette voie et s’engage aussitôt dans l’armée et dans le parachutisme militaire en 1992. C’est en quête d’une identité et d’un père militaire manquant, absent de sa vie, qu’il y restera trois ans. De ces années martiales, il en tirera une une grande rigueur dans son travail, bien que cette expérience  puissante d’un point de vue émotionnel ne parvienne pas à nourrir ses attentes.

Épris de le liberté, et constamment à la recherche de nouvelles expériences et de sensations fortes, il se lance  un nouveau défi afin d’entreprendre une nouvelle carrière dans le sport et dans le parachutisme. Véritable autodidacte créatif, ce caméléon social constate l’exigence permanente de l’évolution individuelle dont il fut lui-même le protagoniste  durant des années. C’est en 2010 qu’il cède au besoin lancinant et inassouvi de peindre à nouveau après une vingtaine d’années intenses et nécessaires pour sevrer sa quête de sens.

Décidé à devenir un artiste engagé et déterminé à faire le grand saut dans le monde de l’art, il cesse alors ses activités de parachutiste pour prendre radicalement la décision de retrouver ses racines et ce milieu artistique auquel il se destinait.Il s’installe à Biarritz et intègre le collectif  La Communale  qui rassemble des plasticiens, des designers, ainsi que photographes issus du 64 mais également un lieu de résidence et de création pour des plasticiens internationaux. seul face à la toile, dans son atelier, Yannick Fournié peint sans concessions des sujets qui lui ressemblent, des univers auxquels il insuffle force et intériorité.

Je suis d’une génération tellement riche et dense où tout se bouscule:  du Pop Art, des Comics, du Street Art , de la fulgurance d’internet et des réseaux sociaux, de la télé réalité, de la poubelle audiovisuelle contemporaine… Je suis le témoin euphorique, atterré d’une  décadence sociale,économique ,écologique que je trouve parfois belle.

La peinture  de Yannick Fournié,  inscrite dans le mouvement de la  figuration narrative, tend clairement vers le réalisme. Elle présente  des   portraits et des arrêts sur image teintés de nostalgie et de cynisme afin de se jouer la notion floue et complexe de l’indemnité d’un individu et de sa place dans la société. Des  portraits écorchés aux corps exaltés, l’univers de l’artiste nous emmène dans sa représentation d’icônes sociales, politiques ou religieuses ou de simples anonymes.

Les marqueurs sociaux font à tel point partie intégrante de notre vie quotidienne que l’on n’y prête plus attention. Du moins le croit-on. On les adopte afin d’incarner une identité fantasmée et rallier un groupe d’individus dont on se sent proche, tout en s’exposant par ce biais aux préjugés des groupes extérieurs au sien. Des clichés pour des clichés. Le «zonard» en Adidas, casquette New Era vissée sur le crâne, blazer et carré Hermès pour la bourgeoise de Neuilly, les stéréotypes sont innombrables.

Dans sa série Incognito, le peintre n’hésite pas à confronter le visiteur à des codes qui lui sont cette fois étrangers. La signification des masques qui travestissent les différents personnages reste opaque pour le néophyte. Or il s’agit en l’occurrence d’un signe identitaire essentiel dans le catch mexicain, où chaque sportif possède le sien. Ici, le masque bleu est celui de Blue Demon, une légende au Mexique depuis les années 1950. Le catcheur n’a jamais quitté son masque lors de ses apparitions publiques, dissimulant ainsi à jamais sa véritable identité.

Au travers des oeuvres de Yannick Fournié, c’est à un regard lucide et sensible, cru et non dépourvu de provocation, d’une grande exigence et d’une réelle singularité que nous avons à faire.

* jusqu’à être enterré avec lui